L’animal saisi par le droit : la perspective romaine - 2026-2027 (10)

L’animal saisi par le droit : la perspective romaine - 2026-2027 (10)

🎙 Dario Mantovani 👥 152K 📅 23 octobre 2026 ⏱ 35 min 👁 3 📄 opinion experte 🧭 2026-10-23
Disponible en : Français (actuel) English

Mots-clés

DigesteUlpienpersonaeresscala naturaeConseil d'État

Résumé

Dans cette conférence du Collège de France, Dario Mantovani explore la conception juridique romaine de l’animal et sa persistance dans le droit contemporain. Il part d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne d’octobre 2025, qui a qualifié une chienne perdue en soute de « bagage », révélant la dichotomie romaine entre les personnes et les choses. Il rappelle ensuite le fondement philosophique antique, chez Aristote et les stoïciens, de la nature comme principe interne de mouvement et de l’échelle des êtres (scala naturae), où seuls les humains possèdent le logos. Mantovani analyse le passage fondateur d’Ulpien dans le Digeste, qui distingue le droit naturel (commun aux animaux), le droit des gens et le droit civil, transposant cette hiérarchie dans le droit. Il clarifie que qualifier l’animal de « chose » n’est pas un jugement moral mais une technique purement juridique, et illustre la question du sujet de droit avec l’exemple du furiosus (aliéné) dans le cadre de la loi Aquilia. La conférence examine ensuite les évolutions modernes : la personnification de la nature envisagée dans le roman « L’Internationale des rivières » et les objections pratiques à cette théorie, puis la voie alternative de la protection des animaux via les droits de l’homme. Il cite notamment la suspension de la chasse au lagopède alpin en Ariège et l’affaire de la chienne Tokyo, où le Conseil d’État a suspendu une euthanasie au nom du droit au respect de la vie privée du propriétaire. En conclusion, il souligne la continuité structurelle de la technique juridique depuis Rome, tout en montrant que les droits de l’homme s’affirment aujourd’hui comme un instrument efficace de protection de la nature et des animaux.

280 mots

Évaluation critique

Valeur des informations & solidité de l’argumentation

Valeur informative exceptionnelle : l’exposé relie magistralement le droit romain antique aux jurisprudences les plus récentes (CJUE 2025, Conseil d’État 2026), démontrant que les catégories juridiques actuelles sont héritées d’une longue tradition. L’argumentation est d’une grande solidité logique. Dario Mantovani déploie un raisonnement syllogistique extrêmement clair pour démontrer comment les juges de la CJUE ont appliqué implicitement une prémisse non formulée (personne = être humain). Il procède méthodiquement, s’appuyant sur des exemples concrets (chienne, aliéné, lagopède) et des sources textuelles précises pour étayer chaque étape. L’usage de l’analogie (la tuile qui tombe, l’enfant infans) pour expliquer le raisonnement des juristes romains est particulièrement pédagogique et efficace.

Rigueur scientifique, qualité des sources, adéquation du titre

La rigueur scientifique est exemplaire. Toutes les sources sont identifiées avec précision : textes du Digeste, passages d’Ulpien, de Cicéron, réflexions de Camille de Toledo, avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (septembre 2026), arrêts de la CJUE et du Conseil d’État. L’analyse critique est présente, notamment sur les limites de la personnification de la nature. Concernant le titre, il est parfaitement représentatif du contenu : il reflète l’objet (l’animal vu par le droit) et la méthode historique (perspective romaine) sans enjolivement ni hors-sujet. La qualité des sources, l’exactitude des citations et la clarté du propos font de cette conférence une référence académique de haut niveau.

230 mots

Adéquation titre / contenu

Le titre correspond parfaitement au contenu : l'exposé traite effectivement de la manière dont la perspective romaine continue de structurer la conception juridique de l'animal, illustrée par des cas contemporains.

Qualité & fiabilité

10/10

Conférence magistrale d'un professeur du Collège de France, adossée à des sources juridiques primaires (Code civil, Convention de Montréal, Digeste) et des décisions de jurisprudence récentes précises, avec une méthode analytique rigoureuse.

Moments clés

Sources citées

Références externes

Apport & nouveautés

L’apport original de cette conférence est de démontrer, à partir de jurisprudences très récentes (CJUE 2025, Conseil d’État 2026), que la structure fondamentale de la technique juridique occidentale, héritée du droit romain, continue de déterminer la manière dont le droit traite les animaux. Elle offre une articulation rare entre l’arrière-plan philosophique (Aristote, stoïcisme) et la technique juridique (personae/res, sujet de droit), soulignant que la qualification de l’animal comme bien relève d’une logique formelle et non d’un jugement moral, tout en ouvrant des pistes sur l’usage des droits humains pour protéger le vivant.

Pour aller plus loin :

  • Droit romain — Pour comprendre les fondements de la tradition juridique civiliste et ses sources.
  • Digeste (droit) — Recueil des œuvres des juristes romains commandé par Justinien, source directe de la citation d’Ulpien évoquée.
  • Grande chaîne de l’être — Concept philosophique correspondant à la scala naturae présentée comme origine de la hiérarchie des êtres.
  • Droits de la nature — Mouvement contemporain visant à reconnaître une personnalité juridique aux écosystèmes, abordé via le roman de Camille de Toledo.

174 mots

Profil radar

Le profil radar montre une très haute fiabilité et une qualité d'information exceptionnelle, caractéristiques d'une conférence académique institutionnelle. Le niveau technique est élevé, ce qui indique que le contenu s'adresse avant tout à un public spécialisé en droit, en philosophie ou en histoire, tandis que la quantité d'information est dense mais parfaitement structurée.

Fiabilité 10/10